Vous vivez en France avec un titre de séjour français, vous êtes marocain, algérien, tunisien, sénégalais, ivoirien ou d’une autre nationalité hors Union, et vous voulez vous installer en Espagne ? La première chose à savoir est souvent mal comprise : votre titre français vous permet de voyager en Espagne, pas d’y vivre ni d’y travailler. Pour résider en Espagne, il vous faut un titre espagnol. Ce guide présente les sept voies possibles, de la plus simple à la plus exigeante, et la démarche pour chacune.
L’essentiel en bref
- Avec un titre de séjour français en cours de validité, vous pouvez en principe séjourner en Espagne jusqu’à 90 jours sur toute période de 180 jours, comme dans tout l’espace Schengen, mais sans y travailler ni y fixer votre résidence.
- Si votre carte française porte la mention « résident de longue durée-UE », vous avez une voie privilégiée : pas de visa, et pas de test de la situation de l’emploi pour travailler (article 179 du RD 1155/2024).
- Si vous êtes conjoint ou enfant d’un Français qui s’installe en Espagne, c’est le droit européen qui s’applique : carte de séjour de cinq ans.
- Sinon, il faut un titre espagnol « classique » : télétravail, retraite ou rentes, contrat de travail, études, poste qualifié.
- Vos années de résidence en France ne comptent pas pour la nationalité espagnole.
Voie 1 : vous êtes résident de longue durée-UE en France
C’est la voie la plus favorable, prévue par l’article 179 du RD 1155/2024. Elle concerne les titulaires d’une autorisation de résidence de longue durée-UE délivrée par un autre État membre ; vérifiez que cette mention figure bien sur votre carte française, car toutes les cartes de résident ne la portent pas.
- Sans visa. La demande se dépose avant votre arrivée, au consulat d’Espagne dont dépend votre domicile en France, ou au plus tard dans les trois mois suivant votre entrée en Espagne, directement au bureau de l’immigration de la province.
- Pour vivre sans travailler : justifier de moyens économiques et d’une assurance maladie, selon les montants de la résidence non lucrative.
- Pour travailler : produire les pièces de l’autorisation de travail salarié ou indépendant, sans que la situation nationale de l’emploi vous soit opposée.
- Décision en deux mois ; le silence vaut rejet. Une fois l’autorisation accordée, vous avez trois mois pour entrer en Espagne ; si c’est pour travailler, elle prend effet avec votre affiliation à la sécurité sociale. Carte d’identité d’étranger (TIE) à demander dans le mois, valable cinq ans.
- Votre famille qui vivait avec vous en France peut vous suivre dans les mêmes conditions, sans visa, avec les ressources exigées pour le regroupement familial (article 180).
Plus tard, vous pourrez obtenir la résidence de longue durée-UE en Espagne ; vous perdrez alors celle de la France (article 181).
Voie 2 : vous êtes conjoint, partenaire ou enfant d’un Français
Si votre conjoint, votre partenaire enregistré (PACS compris) ou votre parent français s’installe en Espagne, vous relevez du RD 240/2007, qui transpose le droit européen de la libre circulation. Le Français s’enregistre (travail, ou ressources et assurance), puis vous demandez la carte de séjour de membre de la famille d’un citoyen de l’Union dans les trois mois suivant votre arrivée : carte de cinq ans, droit de travailler. Si vous avez déjà une carte de membre de la famille d’un citoyen de l’Union délivrée par la France, elle vous dispense de visa pour entrer en Espagne (article 4.2). Le détail est dans notre guide couple franco-algérien ou franco-marocain en Espagne.
Voie 3 : vous télétravaillez pour un employeur ou des clients hors d’Espagne
Le visa de nomade digital (articles 74 bis à 74 quinquies de la loi 14/2013) vous concerne si vous travaillez à distance pour une entreprise française ou étrangère, ou pour des clients situés hors d’Espagne (jusqu’à 20 % de clients espagnols pour un indépendant). Conditions principales : diplôme ou trois ans d’expérience, entreprise active depuis au moins un an, relation d’au moins trois mois, et des revenus d’environ 2 849 euros bruts par mois en 2026. Point pratique important : comme votre titre français vous permet de séjourner régulièrement en Espagne, vous pouvez déposer la demande d’autorisation de résidence directement auprès de l’UGE pendant un séjour, et ce dépôt prolonge votre séjour jusqu’à la décision (article 76).
Voie 4 : vous voulez vivre de vos revenus ou de votre retraite
La résidence non lucrative exige des moyens d’environ 2 400 euros par mois pour le demandeur et 600 euros par membre de la famille en 2026, une assurance maladie, et interdit toute activité professionnelle, y compris le télétravail. Elle se demande au consulat d’Espagne dont dépend votre domicile en France, avant de partir : on ne peut pas la solliciter depuis l’Espagne.
Voie 5 : vous avez une offre d’emploi en Espagne
- Poste qualifié (cadre, ingénieur, spécialiste) : l’autorisation de professionnel hautement qualifié ou la carte bleue européenne, demandée à l’UGE, décision en vingt jours ouvrables avec silence positif, sans examen de la situation de l’emploi. Elle peut aussi être déposée pendant un séjour régulier en Espagne.
- Autre poste : l’employeur demande une autorisation initiale de résidence et de travail, soumise à la situation nationale de l’emploi (métiers en tension ou certificat du service public de l’emploi), puis vous demandez le visa au consulat (articles 74 et 75 du RD 1155/2024). Voir venir en Espagne avec un contrat de travail.
Voie 6 : vous voulez étudier en Espagne
Avec une admission dans l’enseignement supérieur, vous pouvez demander l’autorisation de séjour pour études au consulat ou, si vous êtes en séjour régulier en Espagne et majeur, sur place, au moins deux mois avant le début des cours et avant la fin de votre séjour légal (article 54). L’étudiant peut travailler jusqu’à 30 heures par semaine et, après le diplôme, passer au travail sans visa. Voir visa étudiant.
Voie 7 : vous créez une entreprise
Un projet innovant ouvre l’autorisation d’entrepreneur de la loi 14/2013, avec rapport favorable d’ENISA ; une activité classique, l’autorisation de travail indépendant du régime général, avec visa. Voir créer une entreprise en Espagne.
Les erreurs à éviter
- S’installer en Espagne avec le seul titre français : au-delà des séjours autorisés, vous êtes en situation irrégulière en Espagne, et vous risquez une procédure de sanction qui compliquera toute demande ultérieure.
- Travailler en Espagne, même quelques semaines, avant d’avoir l’autorisation.
- Laisser expirer le titre français pendant la procédure espagnole : il vous sert de base de séjour régulier pendant l’instruction et de solution de repli. Les conséquences de votre départ sur vos droits en France relèvent du droit français ; vérifiez-les avant de partir.
- Croire que vos années en France comptent pour la nationalité espagnole : seule la résidence légale en Espagne compte.
Ce que nous faisons pour vous
En consultation en ligne de 30 minutes (49 € TTC), nous identifions la voie qui correspond à votre profil, à votre titre français et à votre projet, avec le calendrier et la liste des pièces. Si vous nous confiez le dossier, nous le déposons au consulat, à l’UGE ou au bureau de l’immigration et le suivons jusqu’à la carte espagnole. Nos honoraires sont fixés par écrit avant toute démarche.
Questions fréquentes
Puis-je vivre en Espagne avec mon titre de séjour français ?
Non. Il vous permet en principe de séjourner en Espagne jusqu’à 90 jours sur toute période de 180 jours, sans travailler. Pour y résider, il faut un titre espagnol : résidence de longue durée-UE en mobilité, carte de membre de la famille d’un citoyen de l’Union, nomade digital, résidence non lucrative, travail, études ou entreprise.
J’ai une carte de résident en France : ai-je besoin d’un visa pour l’Espagne ?
Si votre carte porte la mention résident de longue durée-UE, non : vous pouvez demander à résider en Espagne sans visa, avant votre arrivée au consulat ou dans les trois mois suivant votre entrée (article 179 du RD 1155/2024). Sans cette mention, il faut suivre l’une des voies ordinaires.
Puis-je travailler en Espagne avec une carte de résident de longue durée-UE française ?
Oui, après avoir obtenu l’autorisation espagnole prévue à l’article 179, qui se décide en deux mois. La situation nationale de l’emploi ne vous est pas opposée, mais il faut produire les pièces de l’autorisation de travail salarié ou indépendant.
Puis-je demander le visa de nomade digital depuis l’Espagne ?
Vous pouvez demander l’autorisation de résidence pour télétravail international à l’UGE pendant un séjour régulier en Espagne, ce que votre titre français permet. Le dépôt prolonge votre séjour jusqu’à la décision, prise en principe en vingt jours ouvrables avec silence positif.
Mes années de résidence en France comptent-elles pour la nationalité espagnole ?
Non. Seule la résidence légale et continue en Espagne compte : dix ans dans le cas général, deux ans pour les Latino-Américains, un an pour la personne mariée à un Espagnol.
Ma famille peut-elle me suivre ?
Oui. Le titulaire d’une résidence de longue durée-UE française peut faire venir la famille qui vivait avec lui en France, sans visa (article 180). Dans les autres voies, la famille suit selon les règles propres à chaque autorisation.
Guide rédigé par l’équipe Lexmovea et révisé par Francisco Antonio Campos Notario, avocat (barreau de Séville, n° 15702). Dernière mise à jour : 28 octobre 2026. Textes de référence : RD 1155/2024 (articles 54, 61 à 64, 74, 75, 179 à 181), RD 240/2007 (articles 4, 7 et 8), loi 14/2013 (articles 71, 74 bis à 74 quinquies et 76).