Un employeur établi en Espagne souhaite vous embaucher alors que vous vivez en France, en Belgique, au Maroc, en Algérie, en Tunisie ou au Sénégal ? La voie prévue par le règlement est l’autorisation initiale de résidence et de travail salarié (residencia y trabajo por cuenta ajena), demandée par l’employeur en Espagne, suivie d’un visa de résidence délivré par le consulat. Elle s’adresse aux ressortissants de pays tiers, hors Union européenne, Espace économique européen et Suisse.
Depuis le 20 mai 2025, cette autorisation est régie par les articles 74 et 75 du décret royal 1155/2024, qui a remplacé l’ancien règlement de 2011, aujourd’hui abrogé. Deux conditions dominent le dossier : la situation nationale de l’emploi et la solidité de l’employeur. Cette page explique qui peut en bénéficier, quels documents préparer, comment se déroule la procédure et que faire en cas de refus.
Si vous êtes déjà en Espagne, comme étudiant, titulaire d’une autre autorisation ou sans titre de séjour, d’autres voies sont en général mieux adaptées : nous les présentons en fin de page.
Qui peut en bénéficier : les conditions de l’article 74

L’article 74 du RD 1155/2024 fixe des conditions qui concernent à la fois le travailleur et l’employeur. Toutes doivent être réunies au moment de la demande.
Conditions tenant au travailleur
- Ne pas être citoyen de l’UE, de l’EEE ou de la Suisse, ni membre de la famille d’un citoyen de l’Union relevant du régime communautaire.
- Se trouver hors d’Espagne au moment de la demande. Si vous résidez déjà légalement en Espagne, la voie adaptée est la modification de votre autorisation (art. 191), présentée plus bas.
- Ne pas avoir de casier judiciaire en Espagne ni dans vos pays de résidence antérieurs, pour des faits constituant une infraction en droit espagnol.
- Ne pas faire l’objet d’une interdiction d’entrée en Espagne ni d’un signalement de non-admission dans l’espace Schengen.
- Ne pas être dans la période d’un engagement de non-retour souscrit lors d’un retour volontaire aidé.
- Posséder la formation et, le cas échéant, la qualification professionnelle légalement exigée pour exercer la profession (homologation du diplôme pour les professions réglementées).
- Acquitter la taxe administrative, de quelques dizaines d’euros, actualisée chaque année.
Conditions tenant à l’emploi et à l’employeur
- La situation nationale de l’emploi doit permettre l’embauche (voir la section suivante).
- Un contrat de travail signé par l’employeur et par vous, dont les effets sont subordonnés à l’obtention de l’autorisation et à votre entrée en Espagne.
- Des conditions de travail conformes à la convention collective applicable. Pour un temps partiel, la rémunération doit atteindre au moins le salaire minimum interprofessionnel annuel d’un temps plein (SMI 2026 : environ 1 221 € par mois sur quatorze mois, soit 17 094 € par an).
- Un employeur inscrit à la Sécurité sociale, à jour de ses obligations fiscales et sociales, et disposant de moyens économiques, matériels et humains suffisants pour son activité et pour assumer le contrat.
Un particulier peut aussi être employeur, par exemple pour un emploi à domicile ; sa capacité économique s’apprécie alors sur ses revenus.
La situation nationale de l’emploi (art. 75)

Le principe est simple : l’autorisation n’est accordée que si le poste ne peut pas être pourvu par un travailleur déjà présent sur le marché espagnol. L’article 75 du RD 1155/2024 prévoit deux façons de le démontrer :
- Catalogue des professions difficiles à pourvoir : publié chaque trimestre par le service public de l’emploi, province par province. Si le poste y figure, la situation nationale de l’emploi est réputée permettre l’embauche, sans autre démarche.
- Certificat du service public de l’emploi : si la profession n’est pas au catalogue, l’employeur dépose l’offre auprès du service de l’emploi. Après huit jours de gestion sans candidat adéquat, celui-ci délivre un certificat qui permet de poursuivre la demande.
La loi et le règlement prévoient en outre des cas dispensés de la situation nationale de l’emploi, notamment pour certains membres de famille de résidents et titulaires d’autorisations antérieures. Nous vérifions si votre profil en relève avant de constituer le dossier.
Les profils très qualifiés échappent à cette contrainte par une autre voie : l’autorisation de professionnel hautement qualifié ou la carte bleue européenne de la loi 14/2013, sans situation nationale de l’emploi et instruite par l’UGE en vingt jours ouvrables.
Documents à préparer
Pour la demande d’autorisation, déposée en Espagne par l’employeur
- Formulaire officiel de demande.
- Copie complète de votre passeport en cours de validité.
- Contrat de travail signé par les deux parties.
- Justificatifs de la situation nationale de l’emploi : poste au catalogue, certificat du service de l’emploi ou cas de dispense.
- Documents de l’employeur : identité ou inscription de la société, attestations de situation régulière auprès de l’administration fiscale et de la Sécurité sociale, justificatifs de solvabilité.
- Diplômes ou attestations de qualification, le cas échéant homologués.
- Justificatif du paiement de la taxe.
Pour le visa, demandé au consulat par le travailleur
- Formulaire de visa national et photographie récente.
- Passeport en cours de validité.
- Décision accordant l’autorisation de résidence et de travail.
- Extrait de casier judiciaire du ou des pays où vous avez résidé ces cinq dernières années, légalisé ou apostillé et traduit.
- Certificat médical.
- Justificatif de la taxe consulaire.
Règle générale : tout document étranger doit être légalisé ou apostillé et, s’il n’est pas rédigé en espagnol, traduit par un traducteur assermenté. Les documents délivrés en France, en Belgique ou au Maroc suivent les conventions applicables à chaque pays.
Procédure et délais

1. Dépôt de la demande par l’employeur
La demande est présentée par l’employeur, ou par son représentant (par exemple notre cabinet), auprès du bureau de l’immigration (Oficina de Extranjería) de la province où l’activité sera exercée. La taxe est exigible dès l’admission de la demande.
2. Décision de l’administration
Le bureau de l’immigration vérifie la situation nationale de l’emploi, le contrat et la solvabilité de l’employeur. Il statue dans le délai fixé par le règlement. S’il demande des pièces complémentaires, il faut répondre dans le délai imparti, sous peine de voir la demande classée (art. 68 loi 39/2015). L’autorisation accordée est notifiée à l’employeur ; son efficacité reste suspendue jusqu’à la délivrance du visa et à votre entrée en Espagne.
3. Demande de visa au consulat
Une fois l’autorisation notifiée à l’employeur, vous demandez en personne le visa de résidence et de travail auprès du consulat d’Espagne de votre lieu de résidence (Paris, Alger, Oran, Casablanca, Rabat, Tunis, Dakar…), dans le délai fixé par le règlement. Le consulat contrôle l’identité, le casier judiciaire et le certificat médical. S’il refuse le visa, il doit notifier sa décision avec l’indication des voies de recours (art. 28.10 RD 1155/2024).
4. Entrée en Espagne, affiliation et TIE
Le visa vous permet d’entrer en Espagne. L’employeur vous affilie à la Sécurité sociale et le contrat prend effet. Dans le mois suivant l’entrée, vous demandez en personne votre carte d’identité d’étranger (TIE) au commissariat compétent, avec prise d’empreintes (art. 209 RD 1155/2024). L’autorisation initiale est d’une durée d’un an.
Après la décision : renouvellement et évolution
Renouvellement (art. 80 RD 1155/2024). La demande se dépose dans les deux mois précédant l’expiration de l’autorisation, ou dans les trois mois suivants (avec un risque d’amende pour infraction légère, art. 52.b LOEX). Le dépôt dans ces délais prolonge l’autorisation jusqu’à la décision. Le renouvellement est accordé notamment si la relation de travail se poursuit, si vous justifiez d’au moins trois mois d’activité dans l’année et d’un nouveau contrat, ou de neuf mois d’affiliation sur douze. L’administration dispose de trois mois ; passé ce délai sans réponse, la demande est réputée acceptée (art. 80.9). L’autorisation renouvelée est valable quatre ans et permet toute activité salariée ou indépendante, en tout lieu (art. 81.1). Voir notre page sur le renouvellement de la résidence et travail salarié.
Famille. Après un an de résidence et une fois la demande de renouvellement déposée, vous pouvez demander le regroupement familial de votre conjoint ou partenaire et de vos enfants (art. 68.1 RD 1155/2024). Les membres de famille regroupés travaillent sans démarche supplémentaire (art. 65.2).
Longue durée et nationalité. Après cinq ans de résidence légale et continue, vous pouvez demander la résidence de longue durée (arts. 175 et s. RD 1155/2024). La nationalité espagnole par résidence exige en règle générale dix ans, réduits à deux ans pour les ressortissants de pays ibéro-américains et à un an pour le conjoint d’un Espagnol (art. 22 du Code civil).
Refus : vos recours
Refus de l’autorisation par le bureau de l’immigration : la décision met fin à la voie administrative. Vous disposez de deux options : un recours gracieux (recurso de reposición) dans le mois devant l’autorité qui a statué, ou un recours contentieux-administratif devant le tribunal administratif de la province dans les deux mois (arts. 123-124 loi 39/2015 ; art. 46 LJCA). Le recours hiérarchique (alzada) n’existe pas ici. L’employeur a lui aussi qualité pour agir.
Refus du visa par le consulat : mêmes délais, mais le recours contentieux se porte devant le Tribunal Superior de Justicia de Madrid, compétent pour les consulats. Si la date d’embauche prévue est dépassée, le recours garde son objet : en cas d’annulation, le juge fixe une nouvelle période pour délivrer le visa. Voir notre page sur le refus de visa.
Face au silence de l’administration, la jurisprudence constitutionnelle admet le recours à tout moment tant qu’il n’y a pas de décision expresse.
Déjà en Espagne ? Les autres voies vers un contrat de travail
- Étudiant diplômé : passage du séjour pour études à la résidence et travail (art. 190 RD 1155/2024), sans visa et sans situation nationale de l’emploi. Dès l’admission de la demande, vous êtes provisoirement autorisé à travailler à temps plein (art. 190.7).
- Titulaire d’une autre autorisation de résidence : modification vers la résidence et travail (art. 191). Avec un an de résidence et une autorisation qui permettait de travailler, la nouvelle autorisation est de quatre ans (art. 191.3).
- Sans autorisation, présent depuis deux ans avec une offre d’emploi : arraigo socioprofessionnel (art. 127.b), avec un contrat d’au moins 20 heures par semaine rémunéré au SMI ou selon la convention ; habilitation provisoire de travailler dès l’admission de la demande (art. 130.5).
- Enfant d’un citoyen espagnol : le contrat de travail n’est pas la bonne voie. Les enfants de moins de 26 ans ou à charge relèvent de la résidence de membre de la famille d’un citoyen espagnol (art. 94.1 RD 1155/2024), accordée pour cinq ans et qui autorise à travailler sans situation nationale de l’emploi (art. 95).
Ce que nous faisons pour vous
- Analyse préalable : situation nationale de l’emploi (catalogue, dispense ou certificat), solvabilité de l’employeur, qualification exigée et casier judiciaire.
- Préparation du contrat et du dossier de l’employeur, dépôt de la demande et suivi auprès du bureau de l’immigration.
- Réponse aux demandes de pièces dans les délais (art. 68 loi 39/2015).
- Dossier consulaire : constitution des pièces légalisées et traduites, préparation du rendez-vous au consulat.
- Accompagnement à l’arrivée : affiliation, TIE, puis renouvellement et regroupement familial.
- Recours gracieux et contentieux en cas de refus de l’autorisation ou du visa, pour le travailleur comme pour l’employeur.
Première étape : une consultation en ligne de 30 minutes (49 € TTC), déduite du devis si vous nous confiez le dossier. Les honoraires font l’objet d’un devis écrit et fermé, avant toute démarche, dans une lettre de mission (art. 27 du Statut général de l’avocature espagnole, RD 135/2021). Téléphone et WhatsApp : +34 611 55 64 96 ; courriel : [email protected]. Bureaux à Madrid (Avenida del Mediterráneo 5, 1ºB, 28007) et à Séville.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour venir en Espagne avec un contrat de travail ?
Il faut additionner la décision du bureau de l’immigration, la délivrance du visa par le consulat, puis l’entrée en Espagne et la demande de TIE dans le mois suivant. Dans la pratique, la procédure complète prend plusieurs mois. Un dossier complet dès le dépôt et un employeur à jour de ses obligations sont les meilleurs accélérateurs.
Puis-je chercher un emploi en Espagne avec un visa touristique puis rester ?
Le visa Schengen ne permet pas de travailler. Vous pouvez rencontrer un employeur, mais la demande d’autorisation initiale se dépose par l’employeur alors que vous êtes hors d’Espagne, et le visa de résidence se demande au consulat de votre lieu de résidence. Les diplômés de l’enseignement supérieur disposent en revanche d’une autorisation de recherche d’emploi de 24 mois après leurs études en Espagne.
Qu’est-ce que la situation nationale de l’emploi ?
C’est la condition selon laquelle le poste ne peut être confié à un travailleur étranger que s’il ne peut pas être pourvu sur le marché espagnol. Elle est remplie si la profession figure au catalogue trimestriel des professions difficiles à pourvoir, ou si le service public de l’emploi délivre un certificat après huit jours de gestion de l’offre sans candidat (art. 75 RD 1155/2024).
Un contrat à temps partiel suffit-il pour obtenir l’autorisation ?
Oui, à condition que la rémunération atteigne au moins le salaire minimum interprofessionnel annuel d’un temps plein, soit environ 17 094 € en 2026 (art. 74 RD 1155/2024). Les conditions de travail doivent par ailleurs respecter la convention collective applicable.
Que faire si le consulat refuse le visa alors que l’autorisation est accordée ?
Vous pouvez former un recours gracieux dans le mois devant le consulat, ou un recours contentieux dans les deux mois devant le Tribunal Superior de Justicia de Madrid. L’employeur peut agir à vos côtés. Si la date d’embauche est dépassée, le recours conserve son objet et le juge fixe une nouvelle période pour délivrer le visa.
Je suis déjà en Espagne sans papiers et un employeur veut m’embaucher : que faire ?
Si vous justifiez de deux ans de présence continue, l’arraigo socioprofessionnel (art. 127.b RD 1155/2024) permet d’obtenir une autorisation de résidence et de travail avec un contrat d’au moins 20 heures par semaine rémunéré au SMI. Dès l’admission de la demande, vous êtes provisoirement autorisé à travailler (art. 130.5).
Ma famille peut-elle venir en même temps que moi ?
Pas dans le cadre de cette autorisation. Le regroupement familial du conjoint ou partenaire et des enfants se demande après un an de résidence, une fois la demande de renouvellement déposée (art. 68.1 RD 1155/2024). Les membres de famille regroupés sont autorisés à travailler sans démarche supplémentaire.
Dernière révision : 27 octobre 2026. Textes de référence : loi organique 4/2000 (LOEX), art. 52 ; décret royal 1155/2024, arts. 28, 65, 68, 74, 75, 80, 81, 94, 95, 127, 130, 175, 190, 191 et 209 ; loi 14/2013 ; loi 39/2015, arts. 68, 123 et 124 ; loi 29/1998 (LJCA), art. 46 ; Code civil, art. 22.