Télétravailler en Espagne depuis la France, la Suisse ou le Québec : titre de séjour et loi Beckham

Travailler à distance depuis Madrid, Valence ou Séville pour votre employeur ou vos clients habituels : le projet est simple, mais le cadre juridique dépend entièrement de votre nationalité et de votre lieu de résidence actuel. Un Français ou un Suisse n’a besoin d’aucun visa ; un Québécois ou un Marocain résidant en France, si. Et dans tous les cas, s’installer en Espagne a des conséquences fiscales qu’il vaut mieux préparer : c’est là qu’intervient la loi Beckham. Ce guide vous donne la marche à suivre selon votre profil.

L’essentiel en bref

Votre profilTitre de séjour en EspagneLoi Beckham possible ?
Français, Belge, Luxembourgeois, SuisseAucun visa : certificat d’enregistrement de citoyen de l’Union dans les trois moisOui, si vous venez pour un emploi salarié et n’avez pas été résident fiscal espagnol depuis cinq ans
Québécois et autres CanadiensVisa ou autorisation de nomade digital (UGE)Oui pour les salariés
Ressortissant hors Union résidant en FranceVisa ou autorisation de nomade digital (UGE)Oui pour les salariés
Indépendant hors UnionNomade digital (jusqu’à 20 % de clients espagnols)Pas par la voie du télétravail
Situation au 28 octobre 2026.

Vous êtes français, belge ou suisse : pas de visa, un enregistrement

Les citoyens de l’Union et les Suisses (assimilés par l’accord de libre circulation entre l’Union et la Suisse, que le RD 240/2007 applique expressément) s’installent librement en Espagne. Au-delà de trois mois, vous demandez en personne votre certificat d’enregistrement de citoyen de l’Union, délivré immédiatement, en justifiant d’une activité salariée ou indépendante, ou de ressources suffisantes et d’une assurance maladie (article 7 du RD 240/2007). Le visa de nomade digital ne vous concerne pas.

Restent deux sujets à régler avec votre employeur : votre sécurité sociale, qui relève de la coordination européenne entre régimes (certains détachements temporaires permettent de rester affilié en France, avec le formulaire A1), et votre fiscalité (voir plus bas).

Vous êtes québécois ou canadien

Le visa de nomade digital (articles 74 bis à 74 quinquies de la loi 14/2013) est fait pour vous si vous travaillez à distance pour une entreprise hors d’Espagne, ou comme indépendant avec au plus 20 % de clients espagnols. Conditions : diplôme ou trois ans d’expérience, entreprise active depuis au moins un an, relation d’au moins trois mois, revenus d’environ 2 849 euros bruts par mois en 2026 (200 % du salaire minimum espagnol), plus 75 % du salaire minimum pour le premier membre de la famille et 25 % pour chacun des suivants. Deux portes d’entrée :

  • Depuis le Canada : le visa, demandé au consulat d’Espagne compétent pour votre domicile, valable un an ; dans les soixante jours avant son expiration, vous demandez l’autorisation de résidence.
  • Depuis l’Espagne : les Canadiens n’ont pas besoin de visa pour un court séjour ; pendant ce séjour régulier, vous pouvez demander directement à l’UGE l’autorisation de résidence, valable jusqu’à trois ans et renouvelable par périodes de deux ans. Le dépôt prolonge votre séjour jusqu’à la décision, en principe en vingt jours ouvrables avec silence positif (article 76).

Vous n’êtes pas européen et vivez en France

Votre titre de séjour français ne vous permet pas de vivre ni de travailler en Espagne, mais il vous permet d’y séjourner régulièrement pour de courtes périodes. Vous pouvez donc, comme un Canadien, déposer la demande d’autorisation de résidence de nomade digital auprès de l’UGE pendant un séjour en Espagne, ou demander le visa au consulat d’Espagne dont dépend votre domicile en France. Si votre carte française porte la mention « résident de longue durée-UE », une autre voie s’offre à vous : voir notre guide titre de séjour français : s’installer en Espagne.

La sécurité sociale du télétravailleur non européen

  • Salarié : votre employeur étranger s’immatricule en Espagne comme entreprise non résidente et vous affilie au régime général, sauf si une convention bilatérale de sécurité sociale vous maintient dans votre régime d’origine et couvre expressément le télétravail depuis l’Espagne.
  • Indépendant : inscription obligatoire au régime espagnol des travailleurs indépendants.

Ne pas régler ce point entraîne l’extinction de l’autorisation, pour vous et votre famille. Pendant les six premiers mois, votre passeport suffit pour l’affiliation (article 76.5 de la loi 14/2013).

La fiscalité : résident fiscal, et l’option Beckham

En règle générale, une personne qui passe plus de 183 jours par an en Espagne y devient résidente fiscale, imposable sur ses revenus mondiaux, sous réserve des conventions fiscales entre l’Espagne et votre pays (la France, la Belgique, la Suisse et le Canada en ont signé une avec l’Espagne). Le régime des impatriés de l’article 93 de la loi espagnole sur l’impôt sur le revenu, dit loi Beckham, permet de payer un impôt de 24 % jusqu’à 600 000 euros de revenus du travail (47 % au-delà) pendant l’année d’arrivée et les cinq suivantes. Conditions principales :

  • ne pas avoir été résident fiscal en Espagne au cours des cinq années précédentes ;
  • venir pour un emploi salarié (y compris en télétravail avec le visa de nomade digital), comme administrateur, ou comme entrepreneur ou professionnel hautement qualifié dans les conditions prévues ; les indépendants n’y ont pas accès par la voie du télétravail ;
  • exercer l’option par le modèle 149 dans les six mois suivant votre affiliation à la sécurité sociale espagnole. Passé ce délai, l’option est perdue.

La nationalité n’est pas un critère : un Français ou un Suisse salarié peut opter dans les mêmes conditions. La fiscalité de votre pays de départ (sortie de résidence, revenus restant imposables là-bas) se vérifie avec un fiscaliste de ce pays ; nous travaillons avec des conseillers fiscaux pour ces dossiers.

Les erreurs fréquentes

  • Télétravailler avec une résidence non lucrative : c’est interdit, et les tribunaux confirment les refus.
  • Laisser passer les six mois du modèle 149.
  • Déposer un dossier de nomade digital sans encaissements prouvés sur les derniers mois, ou sans solution de sécurité sociale.
  • Pour les dirigeants et associés majoritaires de leur propre société, sous-estimer la prudence de l’UGE depuis 2025 : ces dossiers se préparent avec un soin particulier.

Ce que nous faisons pour vous

Nous déterminons le titre adapté à votre nationalité et à votre résidence, préparons le dossier de nomade digital ou l’enregistrement européen, coordonnons la solution de sécurité sociale et l’option Beckham dans les délais, avec nos conseillers fiscaux partenaires. La première étape est une consultation en ligne de 30 minutes à 49 € TTC, déduits du devis si vous nous confiez le dossier ; nos honoraires sont fixés par écrit avant toute démarche.

Questions fréquentes

Un Français a-t-il besoin d’un visa pour télétravailler en Espagne ?

Non. Les citoyens de l’Union et les Suisses s’installent librement ; au-delà de trois mois, ils demandent le certificat d’enregistrement de citoyen de l’Union en justifiant d’une activité ou de ressources et d’une assurance (article 7 du RD 240/2007).

Un Québécois peut-il demander le visa de nomade digital depuis l’Espagne ?

Il peut demander l’autorisation de résidence pour télétravail international à l’UGE pendant un séjour régulier en Espagne, puisque les Canadiens n’ont pas besoin de visa de court séjour. Le dépôt prolonge le séjour jusqu’à la décision (article 76 de la loi 14/2013).

Quel revenu faut-il pour le visa de nomade digital en 2026 ?

Environ 2 849 euros bruts par mois (200 % du salaire minimum espagnol), plus environ 1 068 euros pour le premier membre de la famille et 356 euros pour chacun des suivants.

Un télétravailleur peut-il bénéficier de la loi Beckham ?

Oui s’il est salarié et n’a pas été résident fiscal en Espagne au cours des cinq années précédentes : 24 % jusqu’à 600 000 euros pendant six exercices, option par le modèle 149 dans les six mois suivant l’affiliation à la sécurité sociale. Les indépendants n’y ont pas accès par la voie du télétravail.

Faut-il cotiser à la sécurité sociale espagnole quand on télétravaille pour une entreprise française ?

Pour un citoyen européen, la coordination européenne détermine le régime applicable, et certains détachements permettent de rester affilié en France avec le formulaire A1. Pour un nomade digital non européen salarié, l’employeur s’immatricule en Espagne, sauf convention bilatérale couvrant expressément le télétravail ; un indépendant s’inscrit au régime espagnol des indépendants.

Peut-on télétravailler avec une résidence non lucrative ?

Non. La résidence non lucrative interdit toute activité professionnelle, y compris à distance, et les tribunaux confirment les refus pour ce motif. La voie prévue est le visa de nomade digital.

Guide rédigé par l’équipe Lexmovea et révisé par Francisco Antonio Campos Notario, avocat (barreau de Séville, n° 15702). Dernière mise à jour : 28 octobre 2026. Textes de référence : RD 240/2007 (article 7 et disposition additionnelle 3), loi 14/2013 (articles 74 bis à 74 quinquies et 76), loi 35/2006 de l’impôt sur le revenu (articles 9 et 93), RD 126/2026 (salaire minimum 2026).