Visa de nomade digital en Espagne : conditions, revenus 2026 et procédure UGE

Le visa de nomade digital, en droit espagnol l’autorisation de résidence pour teletrabajo de carácter internacional, permet à un ressortissant d’un pays tiers de vivre en Espagne tout en travaillant à distance pour des employeurs ou des clients situés hors d’Espagne. Il a été créé par la loi des start-up de décembre 2022 et figure aux articles 74 bis à 74 quinquies de la loi 14/2013. La demande est traitée par l’UGE, l’Unité des grandes entreprises, en vingt jours ouvrables avec silence positif, et ouvre droit au régime fiscal de la loi Beckham pour les salariés.

Une précision pour nos lecteurs : si vous êtes français, belge, luxembourgeois ou suisse, vous n’avez pas besoin de ce visa. Votre droit de séjour en Espagne découle du régime communautaire et se matérialise par le certificat d’enregistrement de citoyen de l’Union. Le visa de nomade digital concerne les Québécois et autres Canadiens, les Britanniques, les Américains, et les ressortissants marocains, algériens, tunisiens ou sénégalais, y compris lorsqu’ils résident déjà en France avec un titre de séjour français.

Être nomade digital en Espagne

Qui peut l’obtenir : les conditions de la loi 14/2013

  • Travail à distance pour l’étranger (article 74 bis) : en tant que salarié, vous ne pouvez travailler que pour des entreprises établies hors d’Espagne ; en tant qu’indépendant, vous pouvez facturer des clients espagnols à hauteur de 20 % au maximum de votre activité.
  • Qualification : diplôme de l’enseignement supérieur, d’une formation professionnelle ou d’une école de commerce reconnue, ou au moins trois ans d’expérience professionnelle. Le Tribunal supérieur de justice de Madrid a jugé que la loi n’exige pas une « haute qualification », mais la qualification pour le poste ou trois ans dans les mêmes fonctions.
  • Entreprise réelle (article 74 ter) : l’employeur ou le client principal doit exercer une activité réelle et continue depuis au moins un an, et pouvoir attester que le travail peut se faire à distance.
  • Relation d’au moins trois mois avec cet employeur (contrat de travail et lettre autorisant le télétravail depuis l’Espagne) ou avec vos clients (contrats de prestation précisant les conditions du travail à distance).
  • Les conditions générales de la loi : absence de casier judiciaire en Espagne et dans vos pays de résidence des cinq dernières années, assurance maladie publique ou privée couvrant l’Espagne, paiement de la taxe, et ressources suffisantes.

Les ressources exigées en 2026

Le seuil appliqué est de 200 % du salaire minimum interprofessionnel. Avec le SMI 2026 de 1 221 euros sur quatorze mois, cela représente environ 2 849 euros bruts par mois (17 094 euros par an multipliés par deux et divisés par douze). Il faut ajouter 75 % du SMI pour le premier membre de la famille (environ 1 068 euros) et 25 % pour chaque membre suivant (environ 356 euros). Les tribunaux admettent que l’épargne complète des revenus insuffisants, mais refusent les dossiers sans encaissements prouvés : relevés bancaires et factures ou bulletins de salaire des derniers mois sont indispensables.

Nomade digital vivant en Espagne : conditions et ressources

Visa ou autorisation : deux portes d’entrée

  • Depuis votre pays : le visa de télétravail international (article 74 quater), demandé au consulat d’Espagne, valable au maximum un an. Il suffit à lui seul pour résider et travailler à distance. Dans les soixante jours précédant son expiration, vous demandez à l’UGE l’autorisation de résidence pour continuer.
  • Depuis l’Espagne, où vous séjournez régulièrement, par exemple en touriste pendant vos 90 jours : l’autorisation de résidence (article 74 quinquies), demandée directement à l’UGE, valable jusqu’à trois ans, renouvelable par périodes de deux ans tant que les conditions sont maintenues. Le dépôt de la demande prolonge votre séjour jusqu’à la décision (article 76), même au-delà des 90 jours.

Dans les deux cas, la famille (conjoint, partenaire, enfants à charge) peut être incluse dans la même demande. La taxe 790-038 s’élève à 73,26 euros par personne.

La procédure devant l’UGE : vingt jours et silence positif

L’UGE instruit et la Direction générale des migrations décide dans un délai de vingt jours ouvrables à compter du dépôt électronique ; passé ce délai sans réponse, la demande est réputée acceptée (article 76 de la loi 14/2013). Dans la pratique de 2026, les délais réels dépassent souvent ce cadre et atteignent plusieurs mois : le dossier doit être complet dès le dépôt pour éviter une demande de pièces qui suspend le délai. Une fois l’autorisation accordée, vous demandez la carte d’identité d’étranger (TIE) si votre séjour dépasse six mois. Pendant les six premiers mois, votre passeport suffit pour l’affiliation à la sécurité sociale (article 76.5).

En cas de refus, l’UGE est l’une des rares autorités en droit des étrangers dont les décisions se contestent par un recours hiérarchique (alzada) dans le mois, avant le recours contentieux. Voir recours hiérarchique.

Sécurité sociale : le point qui fait échouer les dossiers

Travailler depuis l’Espagne suppose d’y être couvert. Pour un salarié, l’employeur étranger doit en principe s’immatriculer en Espagne comme entreprise non résidente sans établissement et vous affilier au régime général, à moins qu’un instrument de coordination ne maintienne votre affiliation dans votre pays : règlement européen pour un employeur de l’Union, convention bilatérale pour certains pays tiers, à condition qu’elle couvre expressément le télétravail depuis l’Espagne. Pour un indépendant, l’inscription au régime espagnol des travailleurs indépendants (RETA) est obligatoire. Ne pas régulariser cette situation entraîne l’extinction de l’autorisation, y compris pour la famille. Pour les dirigeants et associés majoritaires de leur propre société, l’UGE applique depuis 2025 un critère de gestion restrictif : ces dossiers se préparent avec un soin particulier.

Nomade digital en Espagne : fiscalité et loi Beckham

Fiscalité : la loi Beckham pour les salariés

Le télétravailleur salarié qui n’a pas été résident fiscal espagnol au cours des cinq années précédentes peut opter pour le régime des impatriés de l’article 93 de la loi sur l’impôt sur le revenu, dit loi Beckham : imposition à 24 % jusqu’à 600 000 euros de revenus du travail pendant l’année d’arrivée et les cinq suivantes, sans déclaration des biens à l’étranger. L’option se formule par le modèle 149 dans les six mois suivant l’affiliation à la sécurité sociale. Les indépendants n’y ont pas accès par la voie du télétravail. Les Québécois et les autres Canadiens vérifieront aussi l’articulation avec leur résidence fiscale d’origine ; nous travaillons avec des fiscalistes sur ces dossiers.

Renouvellement, longue durée et nationalité

L’autorisation se renouvelle par périodes de deux ans si les conditions sont maintenues (article 74 quinquies) ; la demande déposée dans les délais prolonge la validité du titre, et la loi n’impose pas de nombre minimal de jours de présence pour renouveler. Après cinq ans de résidence légale et continue, vous pouvez demander la résidence de longue durée, sous réserve des absences autorisées (pas plus de six mois d’affilée ni dix mois au total). La nationalité par résidence s’ouvre après dix ans, ou deux ans pour les Latino-Américains.

Ce que nous faisons pour vous

  • Vérifier en consultation que vous relevez bien de ce visa (et non du régime communautaire, de la résidence non lucrative ou de l’autorisation d’entrepreneur), et calculer par écrit le seuil de ressources pour vous et votre famille.
  • Constituer le dossier UGE : lettre de l’employeur ou contrats clients, preuve de l’ancienneté de l’entreprise, qualification ou expérience, assurance, casier judiciaire légalisé et traduit, et surtout la solution de sécurité sociale adaptée à votre situation.
  • Déposer la demande, suivre les vingt jours et le silence positif, obtenir la TIE et organiser l’option fiscale Beckham dans les six mois.
  • Préparer le renouvellement, le passage à la longue durée, et former le recours hiérarchique en cas de refus.

La première étape est une consultation en ligne de 30 minutes à 49 € TTC, déduits du devis si vous nous confiez votre dossier. Les honoraires sont fixés par écrit, dans une lettre de mission, avant toute démarche.

Guide pratique : Télétravailler en Espagne depuis la France, la Suisse ou le Québec.

Questions fréquentes

Quel revenu faut-il pour le visa de nomade digital en Espagne en 2026 ?

200 % du salaire minimum, soit environ 2 849 euros bruts par mois avec le SMI 2026, plus 75 % du SMI pour le premier membre de la famille (environ 1 068 euros) et 25 % pour chaque membre suivant (environ 356 euros). L’épargne peut compléter, mais des encaissements réguliers prouvés sont indispensables.

Un Français a-t-il besoin du visa de nomade digital pour s’installer en Espagne ?

Non. Les citoyens de l’Union, de l’Espace économique européen et de Suisse relèvent du régime communautaire : ils demandent le certificat d’enregistrement de citoyen de l’Union. Le visa de nomade digital est réservé aux ressortissants de pays tiers, y compris ceux qui résident en France.

Peut-on demander l’autorisation depuis l’Espagne en touriste ?

Oui. Pendant un séjour régulier, par exemple dans les 90 jours de court séjour, vous pouvez demander directement à l’UGE l’autorisation de résidence pour télétravail international (article 74 quinquies). Le dépôt prolonge votre séjour jusqu’à la décision (article 76 de la loi 14/2013).

Combien de temps l’UGE met-elle à répondre ?

Le délai légal est de vingt jours ouvrables et le silence vaut acceptation (article 76). Dans la pratique de 2026, les délais réels atteignent souvent plusieurs mois ; un dossier complet dès le dépôt évite les demandes de pièces qui suspendent le délai.

Puis-je travailler pour des clients espagnols ?

Seulement en tant qu’indépendant et jusqu’à 20 % de votre activité totale (article 74 bis). Un salarié ne peut travailler que pour des entreprises établies hors d’Espagne.

Combien de temps dure l’autorisation ?

Le visa délivré par le consulat dure au maximum un an. L’autorisation de résidence demandée à l’UGE dure jusqu’à trois ans et se renouvelle par périodes de deux ans tant que les conditions sont maintenues. Après cinq ans, la résidence de longue durée est accessible.

Le nomade digital bénéficie-t-il de la loi Beckham ?

Oui pour les salariés qui n’ont pas été résidents fiscaux en Espagne au cours des cinq années précédentes : imposition à 24 % jusqu’à 600 000 euros pendant six exercices, option par le modèle 149 dans les six mois suivant l’affiliation à la sécurité sociale. Les indépendants n’y ont pas accès par la voie du télétravail.

Pages liées : résidence non lucrative, visa entrepreneur, travailleur hautement qualifié, services pour expatriés, nationalité par résidence.

Dernière révision : 27 octobre 2026. Textes de référence : loi 14/2013 (articles 62, 74 bis à 74 quinquies et 76, disposition additionnelle 7), loi 35/2006 de l’impôt sur le revenu (article 93), RD 126/2026 (SMI 2026), RD 1155/2024 (articles 175 à 185 et 209).