Arraigo en Espagne : les cinq voies de régularisation en 2026

L’arraigo (littéralement « ancrage ») est l’autorisation de résidence pour circonstances exceptionnelles qui permet à un étranger en situation irrégulière en Espagne de régulariser sa situation sans retourner dans son pays ni demander de visa. Depuis le 20 mai 2025, il est régi par les articles 124 à 132 du RD 1155/2024, modifiés en avril 2026 par le RD 316/2026. Le texte prévoit cinq formes d’arraigo : social, socioprofessionnel, socioformatif, familial et de seconde chance.

Cette page présente les règles communes aux cinq et vous oriente vers la bonne modalité. C’est la voie ordinaire pour les ressortissants marocains, algériens, sénégalais, maliens ou ivoiriens installés en Espagne sans titre, et pour ceux qui n’ont pas pu déposer la régularisation extraordinaire de 2026, dont le délai s’est clos le 30 juin 2026.

Arraigo en Espagne : les cinq formes de régularisation par circonstances exceptionnelles

Les cinq formes d’arraigo en 2026

  • Arraigo social (article 127.c) : deux ans de présence, insertion prouvée par un rapport d’intégration sociale de la communauté autonome ou de la mairie, ou par des liens familiaux avec des résidents, et des moyens de subsistance. Autorisation d’un an, avec droit de travailler.
  • Arraigo socioprofessionnel (article 127.b) : deux ans de présence et un ou plusieurs contrats de travail totalisant au moins 20 heures par semaine, payés au moins au salaire minimum ou au salaire de la convention collective en proportion de la durée. Dès l’admission du dossier, vous êtes provisoirement autorisé à résider et à travailler comme salarié (article 130.5).
  • Arraigo socioformatif (article 127.d) : deux ans de présence et inscription à une formation reconnue. Autorisation d’un an qui permet de travailler jusqu’à 30 heures par semaine (article 131.b) ; la prolongation dépend du passage en deuxième année ou de l’obtention du titre.
  • Arraigo familial (article 127.e) : liens avec un citoyen de l’Union, de l’Espace économique européen ou de Suisse ; aucune durée de présence minimale ; autorisation de cinq ans. Attention : depuis 2025, les parents d’un enfant espagnol ne passent plus par l’arraigo familial mais par la résidence de membre de la famille d’un citoyen espagnol (article 94.1.f).
  • Arraigo de seconde chance (article 127.a) : pour qui a été titulaire d’une autorisation de résidence au cours des deux années précédentes et l’a perdue, à condition que le non-renouvellement ne soit pas dû à l’ordre public, à la sécurité ou à la santé publique ; le texte ajoute qu’il reste possible « en cas de jugement de relaxe, de classement ou d’acquittement ». Deux ans de présence sont également exigés.

Les conditions communes

  • Deux ans de présence continue en Espagne (article 126.b), sauf pour l’arraigo familial. La présence se prouve par tout document daté : inscriptions au registre municipal, dossier médical, relevés bancaires, envois d’argent, contrats de location, inscriptions scolaires des enfants. Le temps passé comme demandeur d’asile ne compte pas, et on ne peut pas demander l’arraigo tant que la demande d’asile n’est pas définitivement tranchée (article 126.a).
  • Absence de condamnation en Espagne, vérifiée d’office, et casier judiciaire des pays où vous avez résidé pendant les cinq années précédant votre arrivée, sans condamnation pour des faits qui constituent une infraction en Espagne (article 130.2). Le casier étranger n’est pas exigé si vous êtes resté cinq années de suite en Espagne ou si vous l’avez déjà produit dans une demande antérieure de moins de cinq ans.
  • Un rapport de police est demandé d’office ; des antécédents policiers ne peuvent pas motiver à eux seuls un refus : l’administration doit apprécier au cas par cas si vous représentez une menace réelle (article 130.2, dernier alinéa).
  • Le paiement de la taxe de procédure et la condition propre à chaque modalité (contrat, formation, rapport d’intégration, lien familial, titre antérieur).
Conditions générales de l'autorisation de résidence par arraigo

Documents et dépôt de la demande

La demande se présente en personne, sans visa, au bureau de l’immigration de la province de résidence (article 130.1), avec la copie complète du passeport en vigueur, le contrat de travail lorsqu’il est exigé, les justificatifs de la situation invoquée et de la présence continue, le casier judiciaire du pays d’origine légalisé et traduit, et le paiement de la taxe. Si le dossier est incomplet, l’administration vous demande de le compléter dans un délai qui ne peut pas dépasser quinze jours ; passé ce délai, la demande est classée (article 130.3).

Pour les ressortissants du Maroc et de la Tunisie, le casier judiciaire porte l’apostille de La Haye ; pour l’Algérie, le Sénégal, le Mali ou la Côte d’Ivoire, il suit la légalisation diplomatique par le consulat d’Espagne. La traduction doit être faite par un traducteur assermenté.

Durée, droit au travail et carte d’identité d’étranger

Les autorisations par circonstances exceptionnelles durent un an, sauf l’arraigo familial, qui dure cinq ans (article 132.1). Elles emportent une autorisation de travail comme salarié ou indépendant, sur tout le territoire et dans tout secteur (article 131), avec deux limites : les mineurs n’ayant pas l’âge légal de travailler, et l’arraigo socioformatif, limité à 30 heures hebdomadaires. Dans le mois suivant la notification, vous demandez en personne votre carte d’identité d’étranger (TIE) (article 130.6). Pour l’arraigo socioprofessionnel, l’autorisation accordée ne prend effet que si vous êtes affilié à la sécurité sociale dans le mois (article 130.5).

Après la première année : prolongation ou passage au régime général

Deux chemins s’ouvrent dans les deux mois précédant l’expiration de l’autorisation (ou dans les trois mois suivants, au risque d’une amende), et le dépôt dans ces délais prolonge votre titre jusqu’à la décision (article 132.3) :

  • La prolongation de l’arraigo (article 132.2), pour une nouvelle année. Pour l’arraigo social, socioprofessionnel et de seconde chance, elle suppose d’être en recherche active d’emploi et inscrit au service public de l’emploi, sauf maladie, handicap ou âge de la retraite. Pour l’arraigo socioformatif, elle dépend du passage en deuxième année ou de l’obtention du titre.
  • La modification en autorisation de résidence et de travail (article 191.3). Après au moins un an de résidence avec une autorisation qui permettait de travailler, il suffit de remplir les conditions de renouvellement d’un salarié (article 80 : par exemple trois mois d’activité dans l’année et un nouveau contrat, ou neuf mois d’affiliation sur douze) ou d’un indépendant (article 86) pour obtenir une autorisation de quatre ans. C’est la voie que nous recommandons dès que la situation professionnelle le permet.

Les titulaires d’un arraigo socioformatif qui trouvent un emploi passent au régime général par la même logique : voir modification de l’arraigo socioformatif en résidence et travail. Pour l’arraigo familial, le renouvellement intervient au bout de cinq ans : voir renouvellement de l’arraigo familial.

Refus : vos recours

Les refus portent le plus souvent sur la preuve des deux ans, sur le casier judiciaire ou sur un rapport de police. Vous disposez d’un mois pour un recours gracieux devant l’autorité qui a statué, ou de deux mois pour saisir le tribunal administratif (articles 123 et 124 de la loi 39/2015 ; article 46 de la loi de la juridiction administrative). Les tribunaux annulent les refus automatiques fondés sur des antécédents sans appréciation individuelle, et le Tribunal Supremo a confirmé en 2026 la validité des articles 125 à 127 du règlement. Voir recours en droit des étrangers.

Ce que nous faisons pour vous

  • Déterminer en consultation la modalité d’arraigo qui correspond à votre situation, et s’il existe une voie plus favorable (famille d’un Espagnol, regroupement, modification d’un titre antérieur).
  • Reconstituer la preuve des deux ans de présence et préparer le casier judiciaire, sa légalisation et sa traduction.
  • Vérifier le contrat de travail (heures, salaire, employeur à jour) ou le rapport d’intégration, déposer la demande et suivre le dossier jusqu’à la TIE.
  • Préparer, un an plus tard, le passage à l’autorisation de quatre ans, et former les recours si nécessaire.

Tout commence par une consultation en ligne de 30 minutes à 49 € TTC, déduits du devis si vous nous confiez votre dossier. Les honoraires sont fixés par écrit, dans une lettre de mission, avant toute démarche.

Guides pratiques :

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il avoir vécu en Espagne pour demander l’arraigo ?

Deux ans de présence continue (article 126.b RD 1155/2024) pour l’arraigo social, socioprofessionnel, socioformatif et de seconde chance. L’arraigo familial n’exige aucune durée minimale. Le temps passé comme demandeur d’asile ne compte pas.

Puis-je travailler pendant l’instruction de ma demande ?

Oui pour l’arraigo socioprofessionnel : dès l’admission du dossier, vous êtes provisoirement autorisé à résider et à travailler comme salarié (article 130.5). Pour les autres modalités, le droit de travailler naît avec l’autorisation.

Combien de temps dure l’autorisation obtenue par arraigo ?

Un an, sauf l’arraigo familial, qui dure cinq ans (article 132.1). Après un an, vous pouvez demander la prolongation ou, si vous remplissez les conditions de l’article 80 ou 86, une autorisation de résidence et de travail de quatre ans (article 191.3).

Un antécédent policier empêche-t-il l’arraigo ?

Non, pas automatiquement. L’administration doit apprécier au cas par cas si vous représentez une menace réelle pour l’ordre public (article 130.2). En revanche, une condamnation pénale non effacée en Espagne ou dans votre pays fait obstacle à la demande.

Je suis parent d’un enfant espagnol : est-ce un arraigo familial ?

Plus depuis le 20 mai 2025. Le parent d’un mineur espagnol relève de la résidence de membre de la famille d’un citoyen espagnol (article 94.1.f RD 1155/2024) : cinq ans, droit de travailler, procédure gratuite et prioritaire. L’arraigo familial est désormais réservé aux liens avec un citoyen d’un autre État de l’Union, de l’EEE ou de Suisse.

Je n’ai pas pu déposer la régularisation extraordinaire de 2026 : que puis-je faire ?

Le délai de la régularisation extraordinaire s’est clos le 30 juin 2026 et ne peut pas être rouvert sans nouveau texte. Les voies ordinaires restent ouvertes : l’arraigo si vous justifiez de deux ans de présence, la résidence de membre de la famille d’un Espagnol ou d’un Européen, ou le regroupement familial selon votre situation.

Dernière révision : 27 octobre 2026. Textes de référence : RD 1155/2024 (articles 124 à 132 et 191, dans leur rédaction issue du RD 316/2026), loi organique 4/2000 (article 31.3), loi 39/2015 (articles 123 et 124).